LES  AVEUGLES  ET  LES  CHIENS



UN  COUPLE  MERVEILLEUX


85% des déficients visuels ont perdu la vue à l'âge adulte.
Un aveugle ou un malvoyant, c'est un être humain comme vous,
mais son handicap le prive de liberté.
Il doit donc apprendre ou réapprendre sans la vue,
et même les aveugles de naissance 
n'ont pas toujours été préparés à circuler seuls
dans un monde dangereux.


Observez-les vivre ensemble : ils contournent les poteaux,
les voitures mal garées, les trous et même les flaques d'eau.
Ne tremblez plus pour l'aveugle : son compagnon s'arrête
pile en haut de l'escalier, au bord du trottoir ou d'un quai.
Il prendra même l'escalator dans le bon sens.

Le chien est un animal d'habitudes, vous le savez bien :
il suivra sans se tromper les chemins accoutumés,
il tournera à la bonne rue, il s'arrêtera à la poste
ou au restaurant habituel car il a ses propres repères.

Admirez-les : ils filent droit au guichet de la gare; ils montent
les marches et entrent dans la mairie qui se trouve parfois
au milieu d'une vaste place servant de parking.
Ils traversent au feu rouge, peuvent se balader en toute liberté
et faire du jogging le long d'un cours d'eau
sans risque pour l'aveugle.

Amour et patience du chien envers son maître : rarement réprimandé, souvent félicité, la connivence  parfaite du chien avec son maître est entièrement basée sur l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre. 
Ne plaignez jamais un Chien Guide: sa vie est passionnante, vivante et débordante de sentiments.

Pour en arriver là, il aura fallu éduquer le chien guide mais aussi préparer, réadapter l'aveugle ou le malvoyant. Mais quelle joie de les voir ensemble,… libres.








Emmanuelle et Perceval


Perceval, ce Labrador noir,
a été choisi et formé pour Emmanuelle,
en raison de son amour de l'humain,
sa capacité d'apprendre et sa stabilité mentale.

Perceval a mémorisé les chemins souvent parcourus,
mais Emmanuelle peut innover,
car elle a été formée à la locomotion,
a appris à se repérer 
et connaît la cinquantaine de mots
qui lui permettent, avec son Chien Guide, 
de demander et de trouver le passage piéton,

un escalier montant ou descendant,
le téléphone, le bus, un guichet
ou la porte de la boutique où ils font leurs courses.


"Totalement aveugle aujourd'hui, mais l'esprit imprégné des souvenirs de l'époque où j'y voyais encore, j'imagine le monde qui m'entoure à l'instant présent, les choses, les objets, leurs couleurs, leurs mouvements.

Et il m'a fallu me trouver contrainte de reprendre la canne blanche (ayant malencontreusement oublié le harnais de Perceval, mon Chien Guide), pour m'apercevoir d'un étrange phénomène.

En effet, j'ai découvert qu'en me déplaçant avec la canne, mon champ de vision imaginaire se limitait à un périmètre d'environ 1,20m, c'est à dire au bout de ma canne.

Pas moyen de détacher mon "regard" de la roulette, en permanence à l'affût du moindre obstacle qui pourrait survenir. C'est le soir même, en retrouvant mon harnais et le plaisir de me laisser guider par Perceval, que je me suis rendu compte combien mon esprit était libéré: tenue d'anticiper sur les ordres que je dois lui donner, mon "regard" s'aventure bien au delà de son museau pour imaginer des lignes, un trottoir, un carrefour, des voitures qui s'éloignent tout là-bas, des maisons, des jardins qui défilent, un arrêt de bus à 200m, un bus qui s'arrête, des personnes qui en descendent ou qui montent, etc...

Et pour les obstacles?  Je fais pleinement confiance à "Persou" pour les éviter, me les montrer ou se tortiller de façon significative pour me faire comprendre que là, "ça se complique". 
Alors que Perceval bosse, moi, je peux flâner, mes idées vagabonder, et je parviens même à discuter avec une personne qui m'accompagne. C'est une véritable révolution par rapport à la canne blanche qui ne laisse aucun répit au cerveau, celui-ci devant à chaque seconde se tenir prêt à faire face à la possible survenue d'un éventuel obstacle.

Et "Persou", qu'en pense t'il? Je serai bien incapable de le dire avec exactitude, mais quand je sens sa queue battre l'air en marchant ou en me présentant fièrement une voiture garée sur le trottoir, ou le siège de l'arrêt de bus, je me dis qu'il n'a vraiment pas l'air malheureux."

Emmanuelle mars 2002